Ellsworth: le dernier Verjus a la valeur sûre


Poulet fri-vore. Du lait ribot, chou chinois, piment, poulet. La Nouvelle Orléans titille les papilles tout en élégance indécente. Le vin? trop de vin, et ces petits plats, trop petits.. Mais l’amour, ah l’amour, beaucoup, beaucoup d'amour surgit chez Verjus. Verjus c'est la quintessence de ce que j'aime le plus en chaque univers culinaire: la comfort food états-unienne, pleine d'enrobant, qui te serre dans ses bras comme grandma, de puissance quasi umamienne.., et puis la saisonnalité à la bistronomique, et la patte créative, toujours de rigueur.
Si ces règles s’appliquaient à tous les nouveaux champignons restaurants germant dans la capitale, Paris serait une terre d'élixir pour foodies exigeants. Et la nouvelle pépite fleurie du 1er, Ellsworth, vaut sacrément le coup de fourchette.

Sortie des jupes de son grand frère Verjus (du kilt, c'est possible non?), cette jolie parenthèse se gare quelques numéros plus loin, rue de Richelieu, dans un profond couloir à la sombre atmosphère, qui se ravive à coups de romantiques bougeoirs et de palais en flammes. Entre âmes en symbiose, lors d’une update familiale ou comme nous, entre filles désespérément entichées de foodgetaways et de quelques bulles minéralement garnies de bonheur, c'est à découvrir; tant Ellsworth est une valeur sûre.

Poulpe, Riz noir, Fenouil, Topinambour, Agrumes: Mâche, tonicité, acidité, amertume, anecdotique. Rien ne déplaît, rien n’interpelle. Le riz noir se cache en lamelles noires charbons, légèrement translucides.. jusqu’au goût. Dommage.


Pelures de pomme de terre, peau de poulet frit, tomme, cébette, vinaigre de malt. Arrosées d’une crème fraîchissime quelque peu pimentée, ces new wave potatoes, si ce n’est pas encore une version revisitée des nachos, sont des plus boring mais se laissent tout de même déguster. On leur reprochera une sécheresse égale au désert texan du Chihuahua. 

L'enthousiasme ne fût pourtant pas illusoire..

Gnocchi de pomme de terre, pleurotes grises, pesto de pousses de moutarde, parmesan.. Divinement réconfortant, pointu au goût avec un pesto des plus relevés, qui nous fait doucement succomber.



Boulettes de canard, carottes anciennes, cacahuètes, piment, coriandre: un coussin carné des plus juteux, entre fraîcheur vietnamienne et ce fameux umami asiatique nous délectant à chacune de nos bouchées.

Et le fried chicken, connu sous tous ses angles à la maison familiale Verjusienne.. il est indéniablement le meilleur poulet frit que vous croquerez en France. Parole de gourmette.

 
Piégées par la minéralité suave d’un sauvignon, on se laisse glisser..  jusqu’à ce que cette glace au malt, sorbet de chocolat, espuma de café, biscuit au lait vanillé nous remette les pieds sur terre, avec des souvenirs infantiles en play back. Sucré sans plomber le palais, frais, doux, friablement vanillé, c’est tellement tellement bon..


Une addition de 100e à deux, 32e la bouteille. On repassera sur l’écart grands prix - petites faims.. ah ça oui, on repassera, un millions de fois.




Ellsworth
34, Rue de Richelieu
75001